Guérir du diabète de type 2 : mythe ou réalité ?

Mardi 15 novembre à 20h 15 , le Club  44 de La Chaux-de-Fonds, bien connu pour la qualité de ses conférences, a accueilli un public nombreux venu écouter le Dr Grégoire Lagger  parler, lors d’une conférence-débat animée par la journaliste Sophie Gertsh, de son livre « Guérir du diabète de type 2 ». Cette soirée est à placer sous l’égide de l’Association neuchâteloises des diabétiques et de la déléguée culturelle du Club 44, Mme Marie-Thérèse Bonadonna.

En préambule, le Dr Eric Jacot présente en quelques mots l’AND, fondée en 1964 par les docteurs Bloch et Bezençon. Il souligne l’importance pour un patient d’y trouver un accueil « familial » de la part de la secrétaire et des infirmières. Une association doit permettre le partage et les rencontres. Le d-Journal établit un lien avec les autres diabétiques de Suisse romande. Quant au fait de guérir du diabète de type 2, le Dr Jacot demeure sceptique...

 

Une équipe pluridisciplinaire à visage humain

 

Ingénieur de formation, M. Lagger s’est toujours intéressé à la science, a même obtenu un master en sciences ainsi qu’un doctorat à l’EPFL. D’un autre côté, sa famille privilégiait toujours une nourriture saine, ce qui a orienté son intérêt pour la qualité de vie. En tant que chercheur, il travaille au Service de l’Enseignement thérapeutique pour les maladies chroniques du Professeur Assal, repris actuellement par le Dr Alain Golay. Les patients arrivent dans ce service pour soigner leur obésité, liée ou non à un diabète. Ils sont pris en charge par des soignants spécialisés dans l’accompagnement de malades chroniques. Pour amener le patient à devenir acteur de sa guérison, le soignant  tient compte de l’ensemble de la personne malade ( ses symptômes, ses émotions, son vécu,...). Il lui dispense un enseignement thérapeutique qui dédramatise la maladie, le motive à se prendre en charge et à trouver un chemin vers une vie saine et active.

 

Explosion du nombre de diabétiques dans le monde

 

Longtemps confiné dans les pays occidentaux, le diabète de type 2 s’étend très rapidement et de manière dramatique tant en Afrique, en Amérique du Sud et en Chine. Dès les années 60, le diabète est devenu un véritable problème de santé publique aux USA.  L’Europe a pris des mesures de prévention en favorisant des styles de vie plus sains : valorisation du sport, nourriture riche en légumes , en fruits et en légumineuses. Elle met en garde contre les facteurs de risque tels la sédentarité, l’abus de graisses , de sel et de sucre. Le reste du monde n’a pas pris conscience des dangers liés à un style de vie occidental et en subit de plein fouet les conséquences. Le diabète touche 400 millions de personnes dans le monde, dont 90% de diabétiques de type 2 !

 

Une maladie complexe aux causes multifactorielles

 

Notre société de consommation cherche le profit maximum en plaçant l’individu sous une continuelle pression ( efficacité, rendement). Résultats : l’homme n’a plus le temps de se bouger, de manger correctement, de prendre soin de son être. Il est stressé par son travail ou par le bruit. L’hypertension le gagne, ainsi que l’obésité ou le surpoids. L’alimentation est souvent trop raffinée, riche en graisses et en sel. La consommation de tabac et d’alcool, ajoutée aux divers polluants, contribue à augmenter les risques cardiovasculaires. Le diabète survient quant est décelée une résistance à l’insuline ou une diminution des cellules b du pancréas, souvent liées à ces facteurs. Mais le diabète de type 2 peut aussi avoir des causes génétiques !

 

Soigner par la contrainte ?

 

Au début du XXè siècle, le Dr Guelpa visait déjà à guérir du diabète de type2 et a écrit un livre : «  La guérison du diabète ». Il devait convaincre son patient à suivre un régime drastique à 600 calories par jour et faire des tests d’urine fréquents. Il a obtenu de bons résultats... mais au prix de quelles souffrances ! Dans les années soixante fut inventé le By-pass gastrique ( chirurgie bariatrique) : c’est une chirurgie lourde dont le but est de restreindre l’absorption des aliments, donc des calories, par le placement d’un anneau gastrique. Cette chirurgie ne s’applique qu’aux personnes qui ne peuvent suivre un régime à basses calories. Des cas de rémission du diabète ont été constatés. La méthode est efficace... mais contraignante !

 

Existe-t-il une clé de guérison du diabète ?

 

Souvent, les cellules b ne sont pas toutes détruites, mais sont pour ainsi dire mises en sommeil. Dans ce cas, une réversibilité est possible sous certaines conditions. Dans les années 20, on avait compris le rôle majeur des muscles : ceux-ci communiquent avec le corps et tout effort physique agit sur les cellules corporelles et sur le mental. Pour aider le diabétique à « guérir », il est important qu’il trouve une motivation profonde, souvent difficile à avoir quand on est seul face à sa maladie. Voici quelques pistes pour aider ces personnes :

 

  • Créer une « alliance » patient- médecin : le patient mettra en place un projet de guérison pour revoir son style de vie. Ensemble, ils vont instaurer des petits changements dans les habitudes alimentaires et sportives, dont le but est de créer du plaisir. Le mouvement, qui avait perdu de son naturel, retrouve sa place dans le quotidien et se pratique en douceur. Redécouvrir le sport dans le respect de son corps peut susciter l’enthousiasme. Mieux vaut éviter la compétition, qui vise la performance.
  • Développer le libre-arbitre du patient : la personne n’agit pas sous la contrainte, mais est libre de ses choix ! Elle peut chercher de l’aide auprès d’une association, d’une médecine alternative ou de réseaux de soins.
  • Le patient reçoit un enseignement sur sa maladie, pour l’aider à mieux l’accepter et à y faire face. Accepter de l’aide est un premier pas sur le chemin de guérison.
  • Le patient est un acteur de son cheminement vers la guérison : une fois constatés les bénéfices de l’effort physique, il persévérera dans cet effort et améliorera son métabolisme. Après avoir perçu les bienfaits d’une alimentation saine et équilibrée, le plaisir de manger sainement s’instaurera.

 

Grégoire Lagger  émet le souhait de l’émergence d’une troisième médecine qui s’occuperait des malades chroniques. La médecine traditionnelle se penche principalement sur les soins aigus, mais n’est pas adaptée à une prise en charge globale du patient. Pour cela, il est nécessaire de créer des réseaux de soins, dans lesquels travaillent des spécialistes en divers domaines.

Une personne du public pose la question de l’utilité des cours DIAFIT : Améliorer le métabolisme contribue à améliorer la condition physique. Comprendre le pourquoi de l’effort physique, de ce qui se passe dans le corps lors d’un effort est stimulant.

 

Peut-on vraiment guérir du diabète de type 2 ?

Des guérisons ont été constatées. Le Professeur Taylor de l’Université de Newcastle en Angleterre , dans une étude parue en 2013, prétend que la perte de la graisse du pancréas permet de guérir le diabète de type 2. Il dit que lorsque la graisse du pancréas disparaît, ses fonctions reviennent à la normale.

Merci à M. Lagger de nous avoir montré des pistes qui nous amèneront vers une meilleure qualité de vie. Trouver du plaisir dans l’effort, goûter les saveurs d’une cuisine saine vont certainement améliorer notre taux de glycémie en nous procurant bien des petits bonheurs indispensables à notre vie de diabétiques..., même si ce n’est pas suffisant pour évacuer définitivement notre diabète !

 

Nicole Sandoz